« ELLE aussi fait partie de ces morts-là, la jeune femme près de la voie ferrée, celle dont l’évasion a échoué.
Elle ne se laisse reconnaître aujourd’hui que dans le récit de l’homme qui a vu et qui n’arrive pas à comprendre. Elle ne vit plus que dans sa mémoire.
Transportés dans de longs trains aux wagons plombés vers les camps d’extermination, ils s’évadaient parfois en route. Mais peu nombreux étaient ceux qui osaient se lancer dans une telle évasion. Cela demandait un courage plus grand que celui d’aller comme ça, sans espoir, sans opposition ni révolte vers une mort certaine.
Parfois, l’évasion réussissait. […] La femme couchée près de la voie faisait partie des courageux. Elle était la troisième de ceux qui étaient descendus dans le trou. Derrière elle, plusieurs autres s’étaient laissés dégringoler. Au même moment, une série de coups de feu avait retenti – comme si quelque chose explosait sur le toit du wagon. Puis aussitôt les coups de feu s’étaient tus. Mais ceux qui restaient pouvaient maintenant regarder l’emplacement sombre des planches arrachées, tel le trou d’une tombe, et continuer de rouler dans le silence en direction de leur propre mort qui les attendait au bout du chemin. »
Zofia Nalkowska, Près de la voie ferrée, éditions Allia, 2009




The Melancholy Death of Oyster Boy and Other Stories.1982–84








