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Archives mensuelles : février 2009

Nicholas Muray, Frida com Granizo, c. 1930

 

Frida Kahlo

“Elle était là, ce 20 avril 1938, comprise dans l’un des deux cubes (je ne sais jamais si c’est le bleu ou le rose) de sa maison transparente dont le jardin bondé d’idoles et de cactus à tignasse blanche comme autant de bustes d’Héraclite ne s’enclôt que d’une bordure de « cierges » verts dans l’intervalle desquels glissent du matin au soir les coups d’œil de curieux venus de toute l’Amérique et s’insinuent les appareils photographiques qui espèrent surprendre la pensée révolutionnaire comme l’aigle, au débotter, dans son nid. […]

Au mur du cabinet de travail de Trotsky j’ai longuement admiré un portrait de Frida Kahlo de Rivera par elle-même. En robe d’ailes dorées de papillons, c’est bien réellement sous cet aspect qu’elle entrouvre le rideau mental […] Qu’elles n’ont pas été ma surprise et ma joie à découvrir, comme j’arrivais à Mexico, que son œuvre, conçue en toute ignorance des raisons qui, mes amis et moi, ont pu nous faire agir, s’épanouissait avec ses dernières toiles en plein surréalisme. […] Le tableau que Frida Kahlo de Rivera était alors en train d’achever, « ce que l’eau me donne », illustrait à son insu la phrase que j’aie recueillie naguère de la bouche de Najda: « je suis la pensée sur le bain dans la pièce sans glace »

Il ne manque même pas à cet art la goutte de cruauté et d’humour seule capable de lier les rares puissances affectives qui entrent en composition pour former le philtre dont le Mexique a le secret. Les vertiges de la puberté, les mystères de la génération alimentent ici l’inspiration qui, loin comme sous d’autres latitudes de les tenir pour des lieux réservés de l’esprit, s’y pavane avec un mélange de candeur et d’impertinence.

J’ai été amené à dire, au Mexique, qu’il n’était pas, dans le temps et dans l’espace, de peinture qui ne parût mieux située que celle-ci. J’ajoute qu’il n’en est pas de plus exclusivement féminine au sens où pour être la plus tentante, elle consent volontiers à se faire tour à tour la plus pure et la plus pernicieuse.

L’art de Frida Kahlo de Rivera est un ruban autour d’une bombe.”

André Breton, Écrits sur l’art et autres textes, Bibliothèque de la Pléiade, Œuvres complètes IV, Gallimard.

 Lola Alvarez Bravo

“L’Amérique poursuit la reconnaissance de Lola Alvarez Bravo (1907-1993), l’une des figures silencieuses de la photographie mexicaine. Initiée à la chambre noire par Manuel Alvarez Bravo son premier mari (divorce en 1948), Lola s’éloigne de son ombre paisible et produit une œuvre à la fois dépouillée et sensorielle. Cette fidèle amie de Frida Kahlo (photo, vers 1944) saisira avec constance ce sel du Mexique qui fait toujours rêver les cinéastes européens. Pénitents à genoux, psychanalystes de plein air, cactus XXL, horizons infinis, chiens à tous les coins de rue, Lola Alvarez Bravo conservera la vie quotidienne en petits dominos noirs et blancs. Rêves des pauvres, belles endormies comblées d’amour, écrivains du cru (Carlos Fuentes) ou Européens de passage en ville. Comme Henri Cartier-Bresson en dandy danseur, le Leica rivé à l’œil, comme d’habitude.”

BRIGITTE OLLIER
Les dominos de Lola © Libération Exposition au Museum of Art, Portland (Maine) «Aperture», 176 pp., 50 euros. Texte Elizabeth Ferrer.

Lola Alvarez Bravo. Frida Kahlo ca. 1944 Collection Manuel Alvarez B. Martinez

Lola Alvarez Bravo, Coyoacan, Mexico, c. 1942

Lola Álvarez Bravo Autorretrato, ca. 1950

Frida Kahlo, Lola Álvarez Bravo, 1944

Lola Alvarez Bravo Frida with Dry Tree Branches, Coyoacan 1943

Lola Alvarez Bravo, Julio Castellanos, 1946

Lola Álvarez Bravo, 1950

Lola Álvarez Bravo, 1944

Lola Alvarez Bravo – Spy, 1948

Lola Alvarez Bravo – Maternita, 1950

Lola Alvarez Bravo,Tríptico de los martirios, 1950

Lola Alvarez Bravo, Tríptico de los martirios 1950



Manuel Alvarez-Bravo

«Je perds mon plus vieil ami. Malgré ma gueule d’Anglo-Saxon, ce qu’il y a de Mexicain en moi, c’est à Don Manuel que je le dois. Son œuvre pénètre profondément le terroir Mexicain, la rêverie et la violence, le sang qui bat devant les émotions. Notre amitié date de 1935, dans une exposition commune au Palacio de Bellas Artes, de Mexico. Je me sens amputé par sa disparition. Je ne suis pas ami avec beaucoup de photographes. Mais Manuel… Le Mexique est mon deuxième pays. J’habitais à Paris dans la rue des prostituées. Il n’y avait pas de blancs à cette époque là. C’était très vivant. Avec Manuel, on était inséparables. C’était au-delà de la photographie. C’était une communauté de vision, de sentiments. Il y avait une solidarité absolue entre nous. Je suis allé à Juchitan avec lui, et puis à la frontière du Guatemala. Maintenant, il est parti ailleurs. Il ne faut pas oublier son œuvre immense, très présente. Qu’elle vive !»

Henri Cartier Bresson

Manuel Alvarez Bravo Striking Worker Murdered 1934

Manuel Alvarez Bravo Laughing Mannequins 1930

Manuel Alvarez Bravo Conversation Near the Statue 1933

Manuel Alvarez Bravo Somewhat Gay and Graceful 1942

Manuel Alvarez Bravo Le retable d’Artlatlaucan, 1950-58

Manuel Alvarez Bravo Fruta prohibida 1975

Manuel Alvarez Bravo

Manuel Alvarez Bravo en el campo. México, 1970

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