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Archives mensuelles : février 2010

(c) René Pena Serie White things, 2002

Ce que je veux

Je veux

Je veux

Je veux un air qui ne se moque pas de mes poumons

Je veux un printemps qui n’a pas mûri

Je veux un printemps en partage

Je veux la reine de mon cœur remerciant l’amour

Je veux des dormeurs participant à mon réveil

Je veux un printemps qui ne veuille pas de l’été

Et un printemps qui me prenne par surprise

Pour apaiser mes humeurs

Je veux du sang qui ne manque pas de blessures

Et des blessures non aveuglées par le sang

Je veux

Je veux

Je veux des ténèbres qui se révèlent à moi

Et une lumière qui ne me découvre pas

Je veux pour l’exil une voie que le retour ne traverse pas

Je veux une Iliade sans Odyssée

Je veux des poèmes qui dépassent la honte de la surprise

En la consommant et d’autres poèmes

Qui se blottissent dans l’ombre des mots

Je veux une parole qui se charge de mon silence

et une paix où excuse et pitié s’équivalent

Je veux une question qui n’adopte pas mes réponses

Je veux un père qui ne m’oublie pas et un père que j’oublie

Je veux

Je veux

Je veux une course entre liberté et soupirs

Je veux des rois qui fêtent la perte de leur couronne

Je veux des oiseaux qui n’hypothèquent pas leurs ailes

Dans l’ermitage du grain

Je veux une langue que l’avenir ne dérange pas

Je veux un galet poli par le silence du puits

Je veux des racines qui se rient du despotisme des branches

Je veux un hurlement qui fasse trembler les loups

Je veux des hautes toitures aux petites villes

Je veux des tonnerres qui ne se traitent pas avec bienveillance

Dans l’éclair et des éclairs qui ne se pressent pas dans les nuages

Je veux

Je veux

Je veux des cendres en attente d’un feu

Je veux une parole où les sons s’entrechoquent

Je veux un temps sinueux qui attire les rêves

Je veux des femmes arabes qui espèrent tout de l’amour

Et des hommes fidèles à leur nom d’homme

Je veux

Je veux

Je veux des rues comme des navires et un espace

Où mon âme se souvienne de ma chair

Abdul al-Rahman Touhmazi 1946 (Samarra, Irak)

Dorothea Lange, Ruby from Tennessee, daughter of migrant worker living in American River camp near Sacramento, November 1936

Nous les errants,

nos chemins nous les traînons derrière nous comme des paquets -

nous sommes vêtus

d’un lambeau de pays où nous faisions halte -

nous nous nourrissons

avec la casserole de la langue, apprise sous les larmes.

nous les errants,

à chaque carrefour une porte nous attend

derrière elle un chevreuil, Israël des animaux aux yeux d’orphelin

disparaît dans ses forêts bruissantes

et l’alouette jubile au-dessus des champs dorés.

Là où nous frappons aux portes

s’arrête une mer de solitude.

Ô vous, gardiens armés de glaives flamboyants,

les grains de poussière sous nos pieds d’errants

déjà commencent à faire monter le sang en nos petits-enfants

o nous errants devant les portes de la terre,

d’avoir tant salué les lointains,

nos chapeaux sont épinglés d’étoiles.

Comme mètres pliants reposent nos corps sur la terre

et mesurent tout l’horizon -

o nous les errants,

vers rampants pour les souliers à venir,

notre mort sera posée comme un seuil

devant vos portes fermées à double tour !

(c) Nelly Sachs, Chœur des errants in Chœurs d’après minuit

(c) J. Borodina and Eliara

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