(c) René Pena Serie White things, 2002
Ce que je veux
Je veux
Je veux
Je veux un air qui ne se moque pas de mes poumons
Je veux un printemps qui n’a pas mûri
Je veux un printemps en partage
Je veux la reine de mon cœur remerciant l’amour
Je veux des dormeurs participant à mon réveil
Je veux un printemps qui ne veuille pas de l’été
Et un printemps qui me prenne par surprise
Pour apaiser mes humeurs
Je veux du sang qui ne manque pas de blessures
Et des blessures non aveuglées par le sang
Je veux
Je veux
Je veux des ténèbres qui se révèlent à moi
Et une lumière qui ne me découvre pas
Je veux pour l’exil une voie que le retour ne traverse pas
Je veux une Iliade sans Odyssée
Je veux des poèmes qui dépassent la honte de la surprise
En la consommant et d’autres poèmes
Qui se blottissent dans l’ombre des mots
Je veux une parole qui se charge de mon silence
et une paix où excuse et pitié s’équivalent
Je veux une question qui n’adopte pas mes réponses
Je veux un père qui ne m’oublie pas et un père que j’oublie
Je veux
Je veux
Je veux une course entre liberté et soupirs
Je veux des rois qui fêtent la perte de leur couronne
Je veux des oiseaux qui n’hypothèquent pas leurs ailes
Dans l’ermitage du grain
Je veux une langue que l’avenir ne dérange pas
Je veux un galet poli par le silence du puits
Je veux des racines qui se rient du despotisme des branches
Je veux un hurlement qui fasse trembler les loups
Je veux des hautes toitures aux petites villes
Je veux des tonnerres qui ne se traitent pas avec bienveillance
Dans l’éclair et des éclairs qui ne se pressent pas dans les nuages
Je veux
Je veux
Je veux des cendres en attente d’un feu
Je veux une parole où les sons s’entrechoquent
Je veux un temps sinueux qui attire les rêves
Je veux des femmes arabes qui espèrent tout de l’amour
Et des hommes fidèles à leur nom d’homme
Je veux
Je veux
Je veux des rues comme des navires et un espace
Où mon âme se souvienne de ma chair
Abdul al-Rahman Touhmazi 1946 (Samarra, Irak)



