La proposition

Judith Leyster, The Proposition,  1631

« Fixer le regard sur l’ouvrage, ce peut être aussi la façon de tenir toute l’horreur du monde à distance, comme dans le tableau de la Hollandaise Judith Leyster, La Proposition. On a improvisé, pour gloser cette toile, de véritables petites nouvelles autour de l’homme dont la main droite s’ouvre sur quelques pièces d’or, la gauche posée sur l’épaule d’une jeune fille qui s’absorbe dans ses travaux de couture. J’ai d’abord cru qu’elle lisait – une lettre, un document écrit, quoi qu’il en fût. Tant cette scène pourrait se décliner sur le thème de la pudeur – ou de la rage – de lire ; une variante inverserait les sexes, mêlerait les âges ; l’argent n’a pas le rôle central qu’on se croit en devoir de lui attribuer dans ce qui se joue d’universel entre les deux protagonistes, la main pourrait être vide, simplement offrante, ouverte (comme on le dit de quelqu’un ouvert au dialogue) : Non, je lis !, affirme la clôture de mes paupières à votre champ visuel, à vos yeux qui cherchent les miens, et je continuerai de lire, votre monde ne me détournera pas de la page, vous ne verrez pas ce que disent mes yeux à l’appui de cette résolution. »

(c) Dominique Autié in Nous ne voyons pas les yeux de celle ou celui qui lit, 7 août 2007