Josef Koudelka

(c) Josef Koudelka

« Paradoxe. Josef Koudelka exprime le chaos et les désastres de la civilisation par des photographies dont la rigueur de composition est exemplaire. La forme qu’il donne à ses images met en évidence la dégradation, achevée ou en cours, d’un paysage, d’un site industriel, d’un bout de rue, en la contredisant : il reconstruit un ordre par-delà le chaos.

De toutes ces destructions, de cet enchevêtrement de poutres, de ces murs effondrés naît une harmonie, un équilibre qui ne peut être généré par la guerre, la pollution, l’usure des choses. Cet ordre lui appartient.

Regardez ces blocs de béton dont les masses sont si rythmiquement organisées. Il s’agit bien d’un entassement, d’une accumulation de pierres à l’évidence jetées en vrac en bord de mer mais le désordre est nié par la version photographique que Koudelka en donne. Oui, cet ordre est le sien.

La chose qui compte le plus pour moi, dit Josef, c’est faire les photos, continuer et ne pas me répéter. Aller plus loin. Voir jusqu’où je peux aller.

J’essaye d’apprendre à partir du processus. Je fais un maximum de petits tirages. Je les étudie de près. Je les groupe. J’élimine beaucoup. Je les montre à des amis. Peu restent.

Je me souviens, quand je n’avais pas d’argent, j’imaginais que quelqu’un viendrait et me dirait « tiens je te donne de l’argent. Tu fais les photos que tu veux mais tu ne les publie pas. » J’aurais accepté sans hésiter. Le fait qu’elles existent suffit pour moi. »

Robert Delpire in Chaos