Martin Kippenberger

© Martin Kippenberger Paris Bar in Berlin 1991

© Martin Kippenberger I Am Too Political

© Martin Kippenberger Waiter … 1991

La « quantité » est un trait marquant du travail de M. Kippenberger. Tout fait partie de son œuvre, des publications jusqu’à sa collection. Toute hiérarchie a disparu, il n’y a pas d’œuvre qui soit plus signifiante qu’une autre. Tout est important. Tout est possible. L’art de M. Kippenberger réalise ce postulat d’une manière qui déconcerte même les adeptes du postmodernisme. Sans parler de celui qui le regarde ou qui essaie de le décrire. L’acheteur n’est pas non plus content car l’abondance influence négativement le prix. Quant aux musées, ils préfèrent des œuvres importantes. Cet art gêne. Par sa prolifération, il nous place dans une impasse d’évaluation et d’orientation. Mais M. Kippenberger ne s’arrête pas là. Il nous met constamment dans l’embarras, nous qui nous croyions d’esprit si ouvert. La rencontre avec ses œuvres est à chaque fois riche d’émotions ambiguës ; elles nous obligent à réagir. Par exemple, M. Kippenberger nous dérange lorsqu’il choisit un sujet mais fait peindre la toile par un peintre d’affiches. Ou lorsqu’il nous rappelle notre salle de séjour ou celle de nos parents en nous montrant un « au-dessus-de-canapé-tableau ». Il nous dérange encore par des questions comme « Quelle est votre minorité préférée ? » ou « Vous souvenez-vous encore des ongles du ministre français de la Culture, Jack Lang ? », par ses poèmes qui nous apostrophent : « Si l’on se détourne / on ne voit pas certaines personnes » et ses proverbes, qui par centaines vont du banal au vrai et du vrai au banal : « Traite bien le hasard car il ne connaîtra pas de retour », « Nous n’avons pas de problèmes avec les portiers de discothèques, s’ils ne nous laissent pas entrer, nous ne les laissons pas sortir », « Nous n’avons pas de problèmes avec Guggenheim, car nous ne pouvons pas dire non, si on ne nous invite pas », « L’abîme n’est pas profond, mais creux »..

© Daniel Baumann Fiche du MAMCO, Genève