Quand Antonioni n’est plus « ennemi de la Chine »

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« Aujourd’hui comme hier, Antonioni aborde le problème du couple, de la solitude des êtres, de l’incommunicabilité. Mais ce problème s’inscrit cette fois dans un contexte beaucoup plus original et beaucoup plus important que dans ses précédents ouvrages.

Ce problème est celui de ce qu’on pourrait appeler le mal du monde moderne. L’héroïne de désert rouge est une névrosée. Ses proches expliquent cette névrose par un accident d’automobile dont elle est sortie traumatisée. Mais la vérité est que cette névrose est provoquée chez elle par le milieu, le décor, le climat dans lequel elle vit. L’idée maîtresse du film est que notre civilisation technocratique est en train non seulement de transformer la nature et de créer un véritable paysage industriel, mais aussi de bouleverser le comportement, la psychologie, la morale des individus qui s’y trouvent soumis.

Antonioni ne dit pas que le monde de demain sera un monde mauvais. Il croit même en sa beauté et en sa grandeur. Mais il pense que l’époque de transition, de mutation que nous vivons provoque chez certains êtres des crises proches de l’aliénation. »

Le Monde, J. de B, 9 septembre 1964

Pierre Haski, le fondateur de Rue 89 a publié, il y a quelques années, un article intitulé: Quand Mao décrétait Antonioni « ennemi de la Chine » | Rue89. Il y expliquait qu’en 1972, alors que la Chine était encore repliée sur elle-même, en proie à la Révolution culturelle, le cinéaste italien Michelangelo Antonioni avait été autorisé à passer cinq semaines dans le pays, pour tourner un documentaire. Le résultat déplut fortement à Mao et surtout à sa femme, Jiang Qing, alors toute-puissante. Une campagne virulente fut lancée contre le cinéaste, accusé des pires crimes antirévolutionnaires et surtout antichinois…

Il me semble que ce temps-là est révolu tant les jeunes artistes chinois et étrangers semblent régler leur pas sur le sien. En 2009, le barrage des Trois Gorges aura inondé des centaines de km2 dans le centre de la Chine. Yang Yi, né dans une petite ville construite sur le Fleuve Yangtsé, verra son village natal englouti par les eaux. Drame auquel le jeune photographe consacre sa première série, intitulée « Uprooted » (déracinés).

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Exposition du 13 mars au 2 mai 2009 à la  Galerie Dix9 – Art Contemporain

Le photographe Benoît Aquin, lauréat du prix Pictet, a choisi de mettre en exergue la tragédie engendrée par le manque d’eau dans les provinces chinoises. Ses photos ont été publiées pour la première fois l’an dernier dans le magazine canadien Walrus. Elles étaient accompagnées du reportage du journaliste Patrick Alleyn.

Hongsibao, Ningxia, China

Nouvelle imageBayannur Region, Inner Mongolia, China

 Ambroise Tézenas a photographié ce qu’il reste des ruelles étroites du vieux Pékin appelées Hutongs. La lueur qui habite ces venelles est bien différente des néons fluorescents des nouveaux buildings qui envahissent leur territoire. Avec les jeux olympiques, c’est tout un pays qui s’est affairé à radicaliser son urbanisme. Nuit et jour des tours de bureaux, des complexes résidentiels et autres centres commerciaux sont sortis de terre comme pour donner à l’occident un gage de son développement. Mais, le théâtre du peuple n’est-il pas construit sur des sables mouvants ?

Ambroise TezenasAmbroise Tezenas2Ambroise Tezenas5

Exposition photo Ambroise Tézenas à la galerie Philippe Chaume   du 17 avril au 30 mai 2009