Lettre à un critique sévère

0

© Elliott Erwitt, USA. New York. US actress Marilyn MONROE. 1956.

« C’est qu’il y a deux manières de lire un livre : ou bien on le considère comme une boîte qui renvoie à un dedans, et alors on va chercher ses signifiés, et puis, si l’on est encre plus pervers ou corrompu, on part en quête du signifiant, et le livre suivant, on le traitera comme une boite contenue dans la précédentes ou la contenant à son tour. Et l’on commentera, l’on interprétera, on demandera des explications, on écrira le livre du livre à l’inifini. Ou l’autre manière : on considère un livre comme une petite machine a-sinifiante; le seul problème est : “est-ce que ça fonctionne, et comme ça fonctionne ?” Comment ça fonctionne pour vous ? Si ça ne fonctionne pas, si rien ne passe, prenez dont un autre livre. Cette autre lecture, c’est une lecture en intensité : quelque chose passe ou ne passe pas. Il n’y a rien à expliquer, rien à comprendre, rie à interpréter. C’est du type branchement électrique. (…) Cette autre manière de lire s’oppose à la précédente, parce qu’elle rapporte immédiatement un livre au Dehors. Un livre, c’est un petit rouage dans une machinerie beaucoup plus complexe extérieure. Écrire, c’est un flux parmi d’autres, et qui n’ aucun privilège par rapport aux autres et qui entre dans des rapports de courant, de contre courant, de remous avec d’autres flux, flux de merde, de sperme, de parole, d’aciton, d’érotisme, de monnaie, de politique, etc. »

© Gilles Deleuze, “Lettre à un critique sévère”, in Pourparlers 1972-1990