La vie est un sport et un passe temps

elliot_erwitt09© Elliot Erwitt– California Kiss, 1955

 » Sachez que la vie de ce monde n’est que jeu,

divertissement,

vaine parure, lutte de vanité entre vous,

rivalité dans l’abondance

des richesses et des enfants.

Elle est semblable à une ondée :

la végétation qu’elle suscite plaît aux incrédules,

puis elle se fane.

Tu la vois jaunir

et elle devient ensuite sèche et cassante ».

Coran, LVII, 20 (traduction D. Masson)

Selon le Coran, la vie n’est qu’un jeu, un divertissement, la jouissance d’une illusion, une frivolité et une parure. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir ce propos en exergue d’un roman écrit par un ancien pilote de l’US AIR Force.

James Salter est un écrivain exigeant, qui ménage sa plume et son inspiration: cinq livres en quarante ans… autant dire qu’il prend le temps de les fignoler. Comme son compatriote Paul Auster, James Salter est mieux compris, mieux accueilli en Europe que dans son propre pays et, à soixante et onze ans, il trouve que la gloire tarde à venir.

Dans ce roman écrit au coeur des années 1960, une Delage traverse la France des provinces assoupies avec à son bord deux Américains, deux hommes désinvoltes, deux dilettantes que l’agitation parisienne a cessé d’amuser. Un soir, à la sortie du dancing d’Autun, ils arrachent aux avances de quelques soldats ivres une jeune Française à la beauté indolente. Séduite sans efforts par le plus jeune des passagers de la décapotable, elle s’abandonne avec lui à une relation érotique d’une rare densité. Sous le regard insistant du narrateur, imaginant les scènes qui ne lui ont pas été confessées, les amants passent leurs après-midi à se mélanger dans la moiteur d’interminables siestes aux draps éparpillés. Page après page, leur corps à corps baigné de la lumière filtrée par les persiennes dessine les contours d’un amour total comme l’été mais précaire comme un rêve.