Bruno Schulz

Bruno Schulz

« La réalité prend certaines formes uniquement par jeu, pour créer l’illusion. Quelqu’un est homme, quelqu’un d’autre cafard, mais aucune de ces formes n’atteint l’essence, elles ne sont qu’un rôle momentanément adopté, une peau qui sera bientôt rejetée. Il s’agit là d’un monisme extrême de la matière pour laquelle les objets ne sont que des masques (…) Tout cela est empreint d’une atmosphère de coulisses où des acteurs débarrassés de leurs costumes rient aux larmes de leurs rôles pathétiques ou tragiques. Dans le fait même d’une existence particulière, il y a de l’ironie, de la blague, de la bouffonnerie, comme si l’on vous tirait la langue. »

Bruno Schulz in Les Boutiques de cannelle, éd. Denoël, p.216

«Plus je lis Schulz, plus je le trouve meilleur que Kafka», lance Isaac Bashevis Singer à Philip Roth. En 1976, les deux écrivains se rencontrent pour parler d’un troisième qu’ils admirent pour avoir lu ses deux seuls livres, recueils de textes : les Boutiques de cannelle et le Sanatorium au croque-mort. Mais ils ne disent rien de l’oeuvre dessinée de Schulz, pas un mot sur le Livre idolâtre. Or, le dessin est premier chez Schulz et ces deux pans s’éclairent mutuellement dans un jeu de cache-cache et de miroirs. Et c’est ainsi qu’il faut l’aborder : tout Schulz. Descendre les pentes magiques de cette oeuvre qui serpente au creux de l’Europe centrale.

THIBAUDAT Jean-Pierre, Tout Schulz, 11/10/2004 (c) LIBERATION