Gommer les disgrâces

Cecil Beaton derrière la camera© Cecil Beaton, Self-Portrait, 1937

« Les photos que Cecil Beaton, durant sa vie, a prises de lui-même, fait prendre, sont innombrables. On dirait que, tout jeune, il ne s’est mis à la photographie que pour se tirer le portrait et se trouver en contact de situations et de personnes qui favoriseraient cette manie (appelée hâtivement narcissisme). C’est ainsi qu’a commencé cette longue fréquentation de l’image, et qu’on trouve maintenant dans chaque album rétrospectif de Cecil Beaton une ouverture inépuisable de portraits, ou un retour à lui-même étonné, en vis-à-vis des modèles étrangers, comme si l’œuvre du visage – son vieillissement amusé ou triste, ses grimaces et ses déguisements – devait doubler l’œuvre en cours, en être l’origine et l’écho, la signer, l’expliquer, la relancer, la singer.
Cecil Beaton photographiant Audrey Hepburn pour My Fair Lady
© Cecil Beaton Audrey Hepburn My Fair Lady 1964

Cecil Beaton devient le modèle de sa biographie d’homme du monde et de photographe: l’appareil est un instrument de mondanités, monnaie de séduction et d’échanges. Cecil Beaton demandera a ses modèles d’être lui-même, et il se prendra pour ses modèles, il deviendra neige, chien ou femme. Il se transformera successivement en collégien, en marquis, en spleen, en zinzin, et même en nature morte ou en nudité. Il mimera les caractères et les postures photographiques. Voilà une attitude bien moderne: de prendre la photo comme son propre sujet aussi bien que d’en faire son serviteur auto-biographique (Cindy Sherman, Sophie Calle), son espion, son ombre surprenante. »

© Hervé Guibert, « Rétrospective du photographe anglais Cecil Beaton », © Le Monde, le 08/11/1984

marilyn by beaton© Cecil Beaton Marilyn Monroe 1956

picasso by beaton© Cecil Beaton Pablo Picasso 1931

Dame Edith Sitwell by Cecil Beaton© Cecil Beaton Dame Edith Sitwell 1962

© Richard Avedon Cecil Beaton & Hermione Gingold, 1956