Parler « au travers »

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Pierre Huyghe, This is not a time for dreaming, 2004, spectacle de marionnettes et film super 16 mm, transféré sur Béta Digital, 24′, couleur, sonore, Paris, Centre Pompidou, Mnam-Cci. (c) photo Michael Vahrenwald, 2004

Je suis juste un narrateur. Quand je parle ou emploie le terme « je », cela ne veut pas dire autre chose que le narrateur. Moi. Je. Il ne s’agit ni de l’auteur ni de l’instigateur de ce projet.

Liam Gillick, « Épilogue comme Prologue », libretto de This Is Not a Time for Dreaming

lg-p-huyghelg-11-Huyghelg-12-Huyghelg-13-Huyghe« Je suis l’un des personnages, j’aurais pu apparaître en personne dans le film. Mais je préfère parler « au travers »; au travers de Le Corbusier, des commanditaires, de l’architecture et d’une représentation de moi. « Parler au travers » permet de faire apparaître les scripts de la réalité, c’est-à-dire tout ce qui nous conduit. On ne peut pas documenter innocemment ce qui se passe dans le réel, comme si on ouvrait une porte sans s’impliquer, on le sait. Le documentaire passe par la fiction, c’est une vieille leçon. Ici, le cadre est le mien, autant le signifier. C’est comme ça que je peux faire apparaître les ressorts dramatiques, la petite mécanique de la représentation, la ritournelle qui met les significations en mouvement. Je joue au drame, avec des émotions très éloignées de celles qu’on accorde aux problèmes institutionnels. Produire des émotions en parlant de procédures de travail a quelque chose d’un peu grinçant, c’est aussi une forme d’humour pince-sans-rire: ma manière de traiter un conflit dans une situation de production difficile. »

Pierre Huyghe, This is not a time for dreaming, 2004, propos recueillis par Marie Muracciole