Une Vénus de Milo à tiroirs

woodmans_2Francesca Woodman, Autoportrait, Rome 1977-78
Francesca Woodman  “On being an angel #1” (1977)

Francesca Woodman, Polka Dots, November 1976

Francesca Woodman, Self Portrait Talking to Vince, 1975-78
Francesca Woodman, Self-portrait

Francesca Woodman, Self portrait at thirteen, Boulder, Colorado, 1972-1975


Francesca Woodman – Untitled, Roma, Italia, 1977-1978


Francesca Woodman – Untitled


Francesca Woodman – Untitled

« L’air sentant la terre mouillée gonflait le voilage de la fenêtre. Le tissu s’animait, prenait du volume puis s’ouvrait, laissant entrer quelqu’un d’invisible.

Telle une Vénus de Milo à tiroirs, Francesca Woodman, dont les premiers autoportraits ont été pris à l’âge de 13 ans, ne cessera plus, tout au long de son œuvre (1972-1980), de se livrer à des mises en scène où le corps devient langage de la psyché. Fille d’artistes, c’est au milieu d’esprits créatifs qu’elle prend la mesure de ce que l’art permet d’exprimer. Elle suit, à Providence, les cours de Rhode Island School of Design, une école des Beaux Arts. A Rome, pour la dernière année de ses études, elle fréquente la librairie-galerie Maldoror spécialisée dans les livres d’art surréalistes et futuristes. Francesca sera la première femme à y exposer. Elle lit les auteurs intéressés par la condition de la femme (Virginia Wolf, Colette…) ainsi que les écrits d’André Breton sur le surréalisme. Une autre monographie sera publiée en 1981, Some Disordered Interior Geometries.

« Les belles journées commençaient par la recherche d’accessoires. » Mais avant cela, les idées mûrissent dans des cahiers de croquis où Francesca compose, met en œuvre… On y retrouve beaucoup de ses photographies. Travail minutieux de scénographie, où le romantisme est présent (les murs des maisons abandonnées, les robes, les jardins oubliés, les miroirs…).

« Mes photographies sont tributaires d’un état affectif. » Francesca ne cherche pas la complaisance mais travaille la représentation du corps féminin, en bousculant l’ordre et les conventions, pour y opposer des images qui font appel aux sensations et à l’imaginaire. Elle photographie rêves ou cauchemars, désirs et peurs. Les cadrages fractionnent un corps-objet torturé, tourmenté, en proie au temps qui passe et efface… à la mort. Elle est belle, dérangeante et fascinante ; ni colère, ni violence mais un flottement, une vision incertaine qui s’enferme et s’agite, passe à travers, une apparition spectrale en transit, aux désirs exhibés, fragile. Il y a une dimension matérielle dans le travail de cette artiste où confluent l’objet, l’espace, le temps et l’incarnation. On ressent presque les aspérités des matériaux du bout des doigts. Disparue prématurément à l’âge de 23 ans, Francesca Woodman laisse s’agiter une œuvre aussi brève qu’aboutie. Aux questions pourquoi se déshabille-t-elle pour poser? Pourquoi était-elle son propre modèle ? Elle répondait : « C’est par commodité. Ainsi je suis toujours à portée de main. »

(1) Tiré d’un texte de Philippe Sollers publié dans la monographie

(c) Ingrid Borelli L’ OEil électrique N°26