Le visage nuptial

© Regina Relang (der sommer, marion k.), 1952
Frances McLaughlin-Gill, Lisa Fonssagrives-Penn, Vogue, Jan. 1951
© Frances McLaughlin-Gill, Lisa Fonssagrives-Penn, Vogue, Jan. 1951
Jacques Henri Lartigue Florette à la mantille, Piscop, 1944
© Jacques Henri Lartigue Florette à la mantille, Piscop, 1944
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© John Gutmann – Face behind veil, 1939
Georges Dambier, 1953
© Georges Dambier, 1953
Daido Moriyama, untitled
© Daido Moriyama, untitled
Irving Penn Hat with rose  1985
© Irving Penn Hat with rose 1985
Alfred Eisenstaedt, 1937
 
© Alfred Eisenstaedt, 1937
Daido Moriyama -Koriyama City, 1989
© Daido Moriyama Koriyama City, 1989
Henry Clarke, 1956
© Henry Clarke, 1956
Dan Wynn Suzy Parker, 1955
© Dan Wynn Suzy Parker, 1955
Louise Dahl-Wolfe Mary Jane Russell for Harper’s Bazaar, March 1959
© Louise Dahl-Wolfe Mary Jane Russell for Harper’s Bazaar, March 1959
© Lillian Bassman, Anne Saint-Marie, NY, 1958
© William Klein, Anouk Aimée, Paris, 1961
© Christer Strömholm
© Edward Steichen, Gloria Swanson, NY, 1924
Barry Lategan,1970s.
© Barry Lategan,1970s
Irving Penn, Veiled Face (Evelyn Tripp), 1949
Hiro-Wakabayashi-Vogue-May-1960-7
© Hiro Wakabayashi Vogue May 1960
© Diane Arbus, Woman with Veil on Fifth Avenue, N.Y.C,1968
© Frances Murray , Self-Portrait Black Hat Nose 1982
© Irving Penn, Crescent Bicorne Hat (Evelyn Tripp), New York, 1949
© Albert Watson Kate Moss in Torn Veil Marrakech 1993
© Alfred Eisenstaedt Lilly Dache Hat and Veil 1937
erwin-blumenfeld-
© Erwin Blumenfeld Woman, peeking through veil, 1938
David Bailey Jean Shrimpton
© David Bailey
© Michel Comte Carla Bruni 1995
 

À présent disparais, mon escorte, debout dans la distance; La douceur du nombre vient de se détruire. Congé à vous, mes alliés, mes violents, mes indices. Tout vous entraîne, tristesse obséquieuse. J’aime. L’eau est lourde à un jour de la source. La parcelle vermeille franchit ses lentes branches à ton front, dimension rassurée. Et moi semblable à toi, Avec la paille en fleur au bord du ciel criant ton nom, J’abats les vestiges, Atteint, sain de clarté. Tu rends fraîche la servitude qui se dévore le dos; Risée de la nuit, arrête ce charroi lugubre De voix vitreuses, de départs lapidés. Tôt soustrait au flux des lésions inventives (La pioche de l’aigle lance haut le sang évasé) Sur un destin présent j’ai mené mes franchises Vers l’azur multivalve, la granitique dissidence. Ô voûte d’effusion sur la couronne de son ventre, Murmure de dot noire! Ô mouvement tari de sa diction! Nativité, guidez les insoumis, qu’ils découvrent leur base, L’amande croyable au lendemain neuf. Le soir a fermé sa plaie de corsaire où voyageaient les fusées vagues parmi la peur soutenue des chiens. Au passé les micas du deuil sur ton visage. Vitre inextinguible: mon souffle affleurait déjà l’amitié de ta blessure, Armait ta royauté inapparente. Et des lèvres du brouillard descendit notre plaisir au seuil de dune, au toit d’acier. La conscience augmentait l’appareil frémissant deta permanence; La simplicité fidèle s’étendit partout. Timbre de la devise matinale, morte saison de l’étoile précoce, Je cours au terme de mon cintre, colisée fossoyé. Assez baisé le crin nubile des céréales: La cardeuse, l’opiniâtre, nos confins la soumettent. Assez maudit le havre des simulacres nuptiaux: Je touche le fond d’un retour compact. Ruisseaux, neume des morts anfractueux, Vous qui suivez le ciel aride, Mêlez votre acheminement aux orages de qui sut guérir de la désertion, Donnant contre vos études salubres. Au sein du toit le pain suffoque à porter coeur et lueur. Prends, ma Pensée, la fleur de ma main pénétrable, Sens s’éveiller l’obscure plantation. Je ne verrai pas tes flancs, ces essaims de faim, se dessécher, s’emplir de ronces; Je ne verrai pas l’empuse te succéder dans ta serre; Je ne verrai pas l’approche des baladins inquiéter le jour renaissant; Je ne verrai pas la race de notre liberté servilement se suffire. Chimères, nous sommes montés au plateau. Le silex frissonnait sous les sarments de l’espace; La parole, lasse de défoncer, buvait au débarcadère angélique. Nulle farouche survivance: L’horizon des routes jusqu’à l’afflux de rosée, L’intime dénouement de l’irréparable. Voici le sable mort, voici le corps sauvé: La Femme respire, l’Homme se tient debout.

René Char,  Le visage nuptial (1944)