Corpus Scripti

© Alfred Eisenstaedt, Calendar photo 1973

«Je me souviens de mon corps comme d’un chaos debout, ne se couchant que pour le sommeil de sa folie ou pour l’amour d’une femme. J’étais jeune et déjà possédé de mots. Le Verbe secouait le corps, ses abîmes. Comme s’il en retournait la part maudite. Plus tard, c’est lui, ce corps qui écrirait, m’écrirait, s’écrirait. Trop de raison tue, il voulait vivre.

Il n’attend que ça le corps : que l’on fasse de lui le grand livre sensoriel et vertigineux où puisse se lire l’essentiel de notre identité. L’appauvrissement du langage (sa frivole désincarnation), fait beaucoup de morts… « dans l’âme ». C’est parce que nous ne sommes pas ou plus en mesure de nommer notre mal-être que nous ne nous imaginons plus en mesure d’en guérir. Et pourtant, ils existent, ces mots des profondeurs – voix de nos instincts éclairés – capables de nous sauver, par une espèce de danse intérieure, de nos désaccords avec nous-mêmes.

Dans Corpus scripti, j’essaie de dire en quoi, à rebours de la névrose générale, il est encore possible, le rare et troublant désir de « tressaillir pour une autre vie »».

© Marcel Moreau, Corpus Scripti  (2002)