Jean Dieuzaide

© Jean Dieuzaide La petite fille au lapin. Nazaré, Portugal, 1954

© Jean Dieuzaide Repas de Saint-Jean, Braga, Portugal. 1954

© Jean Dieuzaide La chevauchée. Désert du Konya, Anatolie, Turquie, 1955

© Jean Dieuzaide La faim de l’eau. Espagne, 1951

© Jean Dieuzaide La Gitane, Sacro Monte, Espagne, 1951

© Jean Dieuzaide Le dimanche du pêcheur. Camara de Lobos, Madère. 1956

« Je dois reconnaître que la photographie m’a choisi alors que je souhaitais être pilote. Je ne regrette rien.

Cependant, il m’a été dur d’assumer ma condition de photographe soumise d’une part à l’hégémonie parisienne, d’autre part aux railleries, à l’incompréhension et aux regards d’indifférence hautaine du milieu des arts, de la culture, de la politique et autres pontifiants. Ils me furent stimulation pour engager combat contre cet aveuglement suffisant et fossoyeur, incapable de sentir que la « pensée » s’incarne dans la photographie comme dans toute œuvre d’art digne de ce nom.

Car enfin, il faut être aveugle, idiot ou ségrégationniste pour ne pas « reconnaître » que cette étrange invention, école du regard, qui redouble le monde sous nos yeux pour mieux le faire comprendre, est le fait d’une « empreinte lumineuse », issue de la réalité des vibrations profondes de la « lumière », au propre et au figuré, mystère que la science ne résoudra jamais, pas plus qu’elle ne résoudra celui de la « camera obscura ».

La photographie a cet « essentiel » dans lequel circule la sensibilité et l’authentique, notions qui échappent aux gesticulateurs prétentieux et dérangent les tricheurs de tous bords.

Elle « secoue » l’art, en particulier la peinture, selon Cézanne et bien d’autres artistes conscients de ce que la lumière, synonyme de spirituel, est sa manière privilégiée et fondamentale. Par ce fait, elle est la seule des disciplines artistiques à révéler le pragmatisme de la « matière », matière qualifiée par Teilhard de Chardin « Icône de Dieu ». Abstrait ? … pas du tout… On peut dire, en forme de boutade, que même l’ombre est concrète sur une photographie !

Dans cette lucidité, mon « corps à corps » de cinquante ans a été source de profondes émotions m’incitant à penser que le travail librement consenti est source de toutes valeurs. Je serai mal venu de regretter d’être photographe. J’en suis fier, n’en déplaise aux raisonneurs abscons. »

© Jean Dieuzaide

Préface du catalogue de l’exposition Jean Dieuzaide Atzera begirakoa- Retrospectiva – Rétrospective, San Telmo museoa, 2001