Par-dessus l’épaule

© William Eggleston Untitled n.d.from Los Alamos 1965-68 and 1972-74

© Ruben Natal-San Miguel

© Gianni Berengo Gardin

© Lee Friedlander – New York, 1966

© Christer Strömholm

© Tom Palumbo

Lee Miller© Lee Miller, Woman with Hand on Head, NY, 1933

« Je regardai ma voisine, et fus plus ébloui par elle que je ne l’avais été par la fête; elle devint toute ma fête. Si vous avez bien compris ma vie antérieure, vous devinerez les sentiments qui sourdirent en mon cœur. Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies, sur lesquelles j’aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées, qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que n’eût été ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage, et fus complétement fasciné par une gorge chastement couverte d’une gaze, mais dont les globes azurés, et d’une rondeur parfaite, étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle. Les plus légers détails de cette tête furent les amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies ; le brillant des cheveux, lissés au-dessus d’un cou velouté comme celui d’une petite fille; les lignes blanches, que le peigne y avait dessinées, et où mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l’esprit. Après m’étre assuré que personne ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant se jette dans le sein de sa mère, en baisant à plusieurs reprises toutes ces épaules où se roula ma tête. »

© Honoré de Balzac, Le lys dans la vallée, 1836