Des femmes aussi on pourrait dire que ce sont des collectionneuses de regards

Annex---Dietrich--Marlene--Desire-_01Marilyn Monroe by Bert Stern.MONICA VITTIsofia

audrey

“Des femmes aussi on pourrait dire que ce sont des collectionneuses de regards. Mais c’est au fond plus une formule qu’ autre chose, parce que, pour les femmes, il en va des regards comme de tous les objets qui brillent: elles s’en parent. C’est-à-dire que si elles peuvent dépenser des efforts plus que certains pour s’en parer, elles prendront rarement pour but décidé et ultime de s’en emparer, si ce n’est pour pouvoir ensuite s’en parer plus commodément.

Les yeux et les objets qui brillent, elles aiment surtout les faire tourner. Les posséder n’est leur ambition ni première, ni dernière. En quoi, elles manifestent qu’elles n’ont pas, “naturellement”, la fibre “collectionneuse”.

Pas une rengaine douteuse sur la disposition féminine pour le paraître, le colifichet et le falbala : la manifestation la plus rigoureuse du goût des femmes non pour la verroterie mais pour la vérité.

Parce que si, des objets, elles songent surtout à se parer, plus qu’à s’en emparer, c’est qu’elles savent toutes toute la vérité sur les semblants : que ce ne sont que des semblants. Faut pas la leur faire avec les trucs en toc. Jusqu’à l’Objet final, Objet des objets, Objet clef de la série de tous les objets dont ils ne seraient que la guise, des parures, le chef de bande, le grand dresseur de cirque de tous les objets : même Mister Phallus qui s’avance tout gonflé dans son habit de lumière, elles savent bien qu’il n’est jamais, lui aussi, qu’une baudruche, pauvre postiche. Un petit tas de strass, juste de quoi faire un joli pendentif pour se l’accrocher aux oreilles quand elles vont danser.

Face à l’exhibitionniste, devant son théâtre et son lever de rideau directement sur le clou du spectacle, peut-être qu’elles riront un peu. Camelote.

Aussi les objets n’ont-ils pas pour les femmes tant d’importance. pas cette importance en tout cas qu’ils semblent avoir pour les hommes, qui, entre voiture, boîte à outils, chaîne hi-fi et gadgets électroniques, nagent dans les objets. Montreur d’objets, l’homme. Le fétichisme de l’objet, c’est un truc de garçons.

Comme quoi, il y aurait en tout homme un collectionneur qui sommeille. Et en toute femme, une réveilleuse de collectionneur, pas endormie du tout, doublée d’une dégonfleuse de baudruche.

Reste plus qu’à chanter: Diamonds, diamonds, diamonds… are the girl’s best friend.”

Gérard Wajcman, Collection, éd. Nous, 1999

Portrait of Catherine Deneuve by Loomis Dean, 1961Olivia Newton-John  by David Bailey for Vogue UK, April 1970.avtélé