Yvonne

Helmut Newton – Untitled (Yvonne IV Monte Carlo), 1998

Vous dont je ne sais pas le nom ô ma voisine
Mince comme une abeille ô fée apparaissant
Parfois à la fenêtre et quelquefois glissant
Serpentine onduleuse à damner ô voisine
Et pourtant soeur des fleurs ô grappe de glycine

En robe verte vous rappelez Mélusine
Et vous marchez à Petits Pas comme dansant
Et quand vous êtes en robe bleu-pâlissant
Vous semblez Notre-Dame des fleurs ô voisine
Madone dont la bouche est une capucine

Sinueuse comme une chaîne de monts bleus
Et lointains délicate et longue comme un ange
Fille d’enchantements mirage fabuleux
Une fée autrefois s’appelait Mélusine
Ô songe de mensonge avril miraculeux

Tremblante et sautillante ô vous l’oiselle étrange
Vos cheveux feuilles mortes après la vendange
Madone d’automne et des printemps fabuleux
Une fée autrefois s’appelait Mélusine
Êtes-vous Mélusine ô fée ô ma voisine

Apollinaire, Poème à Yvonne, Oeuvres poétiques, 1903