Le corps a toujours une dimension publique

George Platt Lynes, 1939

Le corps implique mortalité, vulnérabilité et puissance d’agir : la peau et la chair nous exposent autant au regard de l’autre qu’au contact et à la violence. Le corps peut être l’instrument de la puissance d’agir aussi bien que de tout cela, il peut être le lieu où le «faire» et l’«être fait pour» deviennent équivoques. Alors que nous luttons pour obtenir des droits sur notre propre corps, ces corps pour lesquels nous luttons ne sont presque jamais exclusivement les nôtres. Le corps a toujours une dimension publique ; constitué comme un phénomène social dans la sphère publique, mon corps est et n’est pas le mien. Offert aux autres depuis la naissance, portant leur empreinte, formé au creuset de la vie sociale, le corps ne devient que plus tard, et avec une certaine incertitude, ce dont je revendique l’appartenance.

 Judith Butler, Défaire le genre, Éditions Amsterdam, Paris, 2006, p.35

George Platt Lynes Diogenes and Alexander 1937

George Platt Lynes Paul Cadmus sketching Ralph McWilliams 1953