Day on the river

Day on the river. Bill Brandt, 1941Bill Brandt, Day on the river, 1941

« En relevant la tête, apparut, au-dessus d’un train de barges lourdes enfoncées dans les relets de bronze et d’argent sale de leur sillage, le triangle des pentes où le virage de la vallée s’élargissait. Dévalant le sommet des coteaux, une cascade de grands pins alignés, noirs et silencieux, plongeait en rangs serrés vers les eaux de la Meuse.

Derrière cette pointe sombre, les frondaisons roussies d’une forêt de chênes, de hêtres et de charmes mêlés dominaient la ligne claire des frênes et des aulnes le long du tracé des rives. Plus haut la roche affleurait partout, veinée de gris ou de roses, d’ardoises aux ombres minérales. Le ciel s’élevait au-dessus. Un grand trapèze oblique chargé d’eau et de vent.

Je nageais depuis longtemps, sans réfléchir. Sans me fatiguer surtout. Martine, nos amis et leurs enfants étaient restés près de la berge, devant une plage de pelouse en contrebas de la route de Monthermé. Ils craignaient le courant, et les vagues levées par le sillage de chaque péniche. Ils préféraient se contenter de barboter, en bavardant les cuisses dans l’eau, les épaules au soleil, aussitôt voilé par les nuages.

J’avais lancé en riant que je rentrais vers Paris à la nage, avant de plonger, résolu à me diriger vers l’amont, vers la boucle où la Meuse disparaissait dans un long virage. La rivière paraissait s’enfouir sous une pente de forêt, absorbée par le manteau de feuilles et de branches qui fermait l’horizon. »

Pierre Patrolin, La Traversée de la France à la nage © P.O.L éditeur, 2012

Danny Lyon, Prairieville, Louisiana, 1963

Danny Lyon, Prairieville, Louisiana, 1963