Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie

Paul Outerbridge, Party, Laguna Beach, c. 1952

«88-. Quand je considère la petite durée de la vie, absorbée dans l’éternité précédente et suivante, le petit espace que je remplis, et même que je vois, abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui m’ignorent, je m’effraie et m’étonne de me voir ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m’y a mis ? Par l’ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a-t-il été destiné à moi ? Memoria hospitis unius diei praetereuntis (*).

«89-. Pourquoi ma connaissance est-elle bornée ? Ma taille ? Ma durée à cent ans plutôt qu’à mille ? Quelle raison a eue la nature de me la donner telle, et de choisir ce nombre plutôt qu’un autre, dans l’infinité desquels il n’y a pas plus de raison de choisir l’un que l’autre, rien ne tentant plus que l’autre ?

90-. Combien de royaumes nous ignorent !

91-. Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie»

(*) «L’espoir de l’impie est comme le souvenir de l’hôte d’un jour qui passe.»

Blaise Pascal, «Pensées», « L’homme dans la nature », 1670