Du consentement et de la résignation*

Consuelo Kanaga, Wharton Esherick, 1940 (17.1982)Consuelo Kanaga, Wharton Esherick, 1940

« Nous assumons très bien, sans trop y penser, notre « être-au-monde » avec la conscience plus ou moins diffuse du scandale que constituent la persistance de la famine dans de nombreux pays, l’inégalité d’accès aux soins entre le Nord et le Sud, la misère endémique dans les bidonvilles et dans les camps de réfugiés ou encore le commerce des armes, sans compter les intérêts économiques, politiques, militaires et industriels qui entretiennent un peu partout dans le monde des états de violence et des guerres oubliées. (…)

Le « consentement » qui en résulte peut donc être tacite, implicite, négligent, oublieux, il signifie déjà une forme de résignation à la violence logée au coeur de toute appartenance et de ce que Malraux aurait appelé la « condition humaine ». Pour autant, on se gardera de donner à sa gravité existentielle le poids d’une culpabilité irrémissible et celui d’une fatalité. On conviendra seulement que son caractère irréductible suspend, s’il en était besoin, le crédit sans condition qu’on pourrait être tenté d’accorder à la « nature humaine » et à ses « progrès », autant qu’il interdit d’afficher une confiance sans réserve dans l’état et dans la marche du monde. A moins qu’il n’impose de chercher, comme on le verra plus loin, dans la révolte, la bonté, la critique ou la honte, quelque voie de dégagement. »

LE CONSENTEMENT MEURTRIER de Marc Crépon. Ed. du Cerf, « Passages », 284 p.,pages 16-17, 2013

* clin d’œil cordial à Ambre