Le visage humain est une force vide

kishin-shinoyama-1968© Kishin Shinoyama (1968)

« Le visage humain est une force vide, un champ de mort.
La vieille revendication révolutionnaire d’une forme qui n’a jamais correspondu à son corps, qui partait pour être autre chose que le corps.
C’est ainsi qu’il est absurde de reprocher d’être académique à un peintre qui à l’heure qu’il est s’obstine encore à reproduire les traits du visage humain tels qu’ils sont ; car tels qu’ils sont ils n’ont pas encore trouvé la forme qu’ils indiquent et désignent ; et font plus que d’esquisser, mais du matin au soir, et au milieu de dix mille rêves, pilonnent comme dans le creuset d’une palpitation passionnelle jamais lassée.
Ce qui veut dire que le visage humain n’a pas encore trouvé sa face et que c’est au peintre à la lui donner. Mais ce qui veut dire que la face humaine telle qu’elle est se cherche encore avec deux yeux, un nez, une bouche et les deux cavités auriculaires qui répondent aux trous des orbites comme les quatre ouvertures du caveau de la prochaine mort.
Le visage humain porte en effet une espèce de mort perpétuelle sur son visage dont c’est au peintre justement à le sauver en lui rendant ses propres traits.
Depuis mille et mille ans en effet que le visage humain parle et respire, on a encore comme l’impression qu’il n’a pas encore commencé à dire ce qu’il est et ce qu’il sait. (…) Le seul, Van Gogh a su tirer d’une tête humaine un portrait qui soit la fusée explosive du battement d’un coeur éclaté.
Le sien. »

Antonin Artaud, « Le Visage humain », Texte de la plaquette de l’exposition Portraits et dessins par Antonin Artaud,
Galerie Pierre Loeb, juillet 1947

Richard AVEDON, Maurizio Cattelan, July 8, 2004, New York.

© Richard AVEDON, Maurizio Cattelan, July 8, 2004, New York

Steve McCurry Aishwarya Rai INDIA. Bombay. 1994.

© Steve McCurry, Aishwarya Rai, INDIA Bombay,1994