Garden of Silence

Ikko Narahara, Man and His Land Domains, 1958 1977© Ikko Narahara, Man and His Land Domains, 1958-1977

Ce pays n’est qu’un vœu de l’esprit, un contre-sépulcre.
Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal  habillés sont préférés aux buts lointains.
La vérité attend l’aurore à côté d’une bougie. Le verre de fenêtre est  négligé. Qu’importe à l’attentif.
Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.
Il n’y a pas d’ombre maligne sur la barque chavirée.
Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.
On n’emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.
Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de n’avoir pas de fruits.
On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.
Dans mon pays, on remercie.

© René Char, « Qu’il vive ! », Les Matinaux, dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1983, rééd. 2004, « Bibliothèque de la Pléiade », p. 305.

Ikkō Narahara – Domains, 1958

© Ikkō Narahara, Domains, 1958